Voici un texte de juillet 2010 de Guy Mosjoen, une des têtes pensantes de l’association bien connue Egalité-Réconciliation-Embrassades. Mais, trêve de plaisanteries : c’est du sérieux… et du bon ! Le camp “judéo-sceptique” se renforce.

Mis au ban de la synagogue par les instances officielles de son temps, Baruch Spinoza est un intellectuel en apparence déconfessionnalisé mais qui fut soupçonné d’être chrétien (proche des protestants) parce que, selon lui, le Christ a « sauvé » le message mosaïque en le proposant au monde entier. Le caractère estimé impie de ses constructions philosophiques l’expose aussi aux attaques des intégristes de toute obédience lesquels ne supportent pas que le droit de régler les choses sacrées appartienne, comme il le préconise, entièrement au souverain. Pourtant, depuis les révolutions bourgeoises et le triomphe de la charte des Nations Unies en passant par l’émancipation des juifs, un nouveau code législatif et moral se diffuse à tous les peuples de la terre, qui n’est pas sans rappeler certains passages du Traité théologico-politique.
Au chapitre XIV du TTP, Spinoza énumère les croyances fondamentales et minimales de la Foi universelle qui peuvent convenir, selon lui, à tous les hommes. Ces croyances, qu’il appelle « dogmes », doivent toutes tendre à un seul principe : « il existe un Etre suprême qui aime la Justice et la Charité, auquel tous pour être sauvés sont tenus d’obéir, et qu’ils doivent adorer en pratiquant la Justice et la Charité envers le prochain ». Les sept dogmes, et « il n’en existe pas d’autres », sont les suivants :
« 1° Il existe un Dieu, c’est-à-dire un être suprême, souverainement bon et miséricordieux, en d’autres termes un modèle de vie vraie : qui ne le connaît pas en effet ou ne croit pas en son existence, ne peut lui obéir ou le reconnaître comme juge ; 2° Dieu est unique : il le faut absolument, personne n’en peut douter, pour qu’il soit un objet suprême de dévotion, d’admiration et d’amour […] ; 3° il est partout présent, ou encore il voit tout. Si l’on croyait qu’il y a pour lui des choses cachées, et si l’on ignorait qu’il voit tout, on douterait de l’équité de sa justice qui dirige tout ; 4° il a sur toutes choses droit et pouvoir suprême et ne fait rien par obligation légale, mais par bon plaisir et grâce singulière. Tous, en effet, sont tenus de lui obéir et lui n’obéit à personne ; 5° le culte de Dieu et l’obéissance à Dieu consistent dans la seule Justice et la Charité, c’est-à-dire dans l’amour du prochain ; 6° tous ceux qui, suivant cette règle de vie, obéissent à Dieu, sont sauvés et ils sont les seuls à l’être, les autres qui vivent sous l’empire des voluptés sont perdus. Si les hommes ne croyaient pas cela fermement, nulle cause ne pourrait faire qu’ils aimassent mieux obéir à Dieu qu’aux voluptés ; 7° enfin Dieu pardonne leurs péchés aux repentants […] ».
Toute la foi consiste en ce seul commandement : aimer son prochain. « Ce commandement est donc la règle unique de toute la foi vraiment catholique, et par ce seul commandement doivent être déterminés tous les dogmes de la foi ». Celui qui croit fermement cela, obéit aux préceptes énoncés plus haut qui ne sont pas expressément des vérités mais engendrent nécessairement l’obéissance. Or « la Foi catholique ou universelle ne comprend pas de dogmes au sujet desquels il puisse y avoir controverse entre des hommes honnêtes » puisque « appartiennent à la Foi catholique ceux-là seuls qui posent absolument l’obéissance envers Dieu ». Pour Spinoza, la religion vraiment catholique exige donc la soumission consentante des fidèles par amour, sans considération métaphysique ou querelle théologique. On voit d’ailleurs que le mot « Jésus-Christ » est absent, de même que les notions de trinité, d’incarnation, de sacrifice ou de résurrection. Il serait donc possible pour un chrétien de faire son salut dans l’ignorance ou la négation de la venue du Messie puisque cette question (de vérité) est indifférente à la religion universelle partagée par tous les hommes … pourvus qu’ils se soumettent. Mais à quoi ?
Afin de répondre à cette question, examinons l’un des deux aspects de la Loi universelle, décrite par le rabbin Elie Benamozegh (1823-1900), dont nous pourrons constater ou pas les étranges correspondances avec l’énumération spinozienne. Le noyau central des préceptes noachides se résume ainsi : « Nos docteurs ont dit que sept commandements ont été imposés aux fils de Noé : le premier leur prescrit d’avoir des magistrats ; les six autres leur défendent : 1° le sacrilège, 2° le polythéisme, 3° l’inceste, 4° l’homicide, 5° le vol, 6° l’usage d’un membre de l’animal en vie ». La nécessité d’une magistrature s’impose en premier puisque l’établissement des tribunaux permet d’administrer la justice et de punir ceux qui désobéissent. Les commandements sont tous des interdictions sauf le premier qui ouvre la voie à l’appareil judiciaire et à la répression.
En apparence, le contenu des commandements est très différent de celui inventé par Spinoza. Cependant les ressemblances existent. Tout d’abord, le nombre 7 des préceptes, identique à deux siècles de distance. Ensuite, l’insistance de Spinoza sur l’existence d’un Etre suprême qui est un juge, mais sans qu’il soit possible de rien connaître sur lui. La seule certitude que nous pouvons avoir ne procède pas d’une révélation qui s’adresse ensemble au cœur et à l’intelligence, et est donc capable de convertir l’être tout entier, non plus d’une évidence sensible qui dompterait les passions mauvaises mais plutôt d’un état de fait juridique (le règne de la Loi) qui doit s’imposer en forçant les résistances. Aimer son prochain est le commandement qui résume tous les autres : ne pas commettre l’inceste, l’homicide ou le vol ; ne pas pratiquer le sacrilège ou le polythéisme puisque je ne peux « aimer » qu’en craignant le châtiment d’un dieu jaloux.
Mais, sans la médiation – devenue superflue – du Christ qui a simplement servi de relais, qui est donc « le prochain » que je dois aimer à travers la figure d’un Etre suprême impersonnel ?
L’Exode raconte comment Moïse commit un meurtre : « Il se rendit vers ses frères et vit les charges qui pesaient sur eux. Il vit aussi un homme égyptien qui frappait un homme hébreu, l’un de ses frères. Il se tourna de tous côtés et voyant qu’il n’y avait personne, il frappa l’Egyptien et l’enfouit sous le sable. Le second jour, il sortit encore et voici que deux Hébreux se querellaient. Il dit à l’agresseur : Pourquoi frappes-tu ton frère ? » [Ex 2, 11-13]. Le mot « frère » en français traduit ici le même mot hébreu que celui traduit par « prochain ». Ce qui est permis à un Hébreu envers un non-Hébreu (l’homicide à la sauvette) est interdit à un Hébreu envers un autre Hébreu, son compagnon, son frère. En traduisant les paroles de Moïse par : « Pourquoi frappes-tu ton prochain ? », on annule la distinction établie entre Hébreu et non-Hébreu en laissant croire que Moïse invente une règle de morale universelle, qu’il ne suivrait pas lui-même (ce qui est absurde sauf si il veut faire le mal). En réalité, « le prochain » du texte de l’Ecriture n’est personne d’autre que le camarade ou le compagnon appartenant à la même ethnie. D’autres exemples tirés de l’Ecriture pourraient confirmer que les préceptes en tous genres (ne pas porter de faux témoignage, ne pas convoiter les possessions d’autrui, ne pas voler) s’adressent aux seuls fils d’Israël dans leurs relations entre eux. Avec les autres, tout est permis, à condition de ne pas se laisser prendre, en attendant de pouvoir légiférer pour introduire une morale à deux vitesses.
Quand les défenseurs des « droits de l’homme » se réclament aujourd’hui de Spinoza et prétendent trouver dans le Décalogue un code de morale universelle/consensuelle, ils ne se doutent pas que cette religion simplifiée, « épurée » de ses dogmes jugés encombrants et inutiles (vecteurs de « fanatisme » et d’ « intolérance »), véhicule des règles tribales, sans doute efficaces pour forger une communauté séparée mais complètement inadaptées à un véritable universalisme qui exige autre chose que des interdits et un dieu dominateur soumettant les goyim à des tribunaux rabbiniques laïcisés, comme nous le constatons dans l’Union Européenne avec, par exemple, l’adoption de lois d’exception.
Spinoza est un marrane qui fut désavoué par les autorités juives de son temps … et pourtant ! Dans le TTP, il souligne l’importance politique des cultes extérieurs, comme une obligation pour tout citoyen quelle que soit son appartenance religieuse. Si aller à l’église et afficher les signes extérieurs de la catholicité est nécessaire en certaines circonstances (prudence oblige), l’autonomie du for intérieur autorise toutes les libertés philosophiques qui font souvent bon ménage avec les croyances les plus extravagantes. Il était donc bien inutile de vouloir séparer à tout prix la philosophie de la foi puisque beaucoup de juifs, libres penseurs, vivaient dans une dissimulation qui engendre une religion crypto-judaïque. Aujourd’hui, ils ne se cachent même plus puisqu’il n’est pas nécessaire de prétendre vivre chrétiennement pour consacrer une accumulation douteuse de richesses et d’honneurs. La spéculation, un « réseau », et un culot monstre suffisent. La naïveté des bêtas de goyim fait le reste.
Franchissant les barrières du shabbat, les juifs se sont inventés une vague religiosité qui va servir de terreau à la culture des « Lumières ». La simplification des rites – qui entravent la libération des cultes fantaisistes (maçons et néo-païens) – permet de juger impurs les dogmes de l’Eglise, en voulant les « purifier », alors qu’ils sont l’aboutissement d’une longue élaboration pluriséculaire et n’ont pas le caractère figé qu’on leur prête. Mais qu’importe puisqu’il s’agit de promouvoir une religion syncrétique et naturelle, coupée de toute origine céleste et continuant d’afficher un « catholicisme » de façade. Quoi ? Ne serait-on pas catholique quand on veut le bien de l’humanité ou, pour le dire autrement, la massification et l’indistinction des peuples sur fond d’immigration et de repentance ?
L’intelligence de Spinoza l’amène à reconnaître que « c’est la haine des nations qui est la plus propre à assurer la conservation des juifs ». La survivance du peuple juif, dans sa forme tribale et contemporaine, ne s’explique pas par une providence singulière de Dieu (les fameux dons « sans repentance » qui émoustillent tant les abbés enjuivés), mais en raison de rites opposés à ceux des autres nations. Si ces rites, d’abord privés – à cause du destin marrane de leurs promoteurs – , finissent par se transposer dans le tissu social de la société moderne, ils débouchent sur : [1] la franc-maçonnerie opérative et carriériste, le néo-cabalisme (aspect intérieur), [2] les « droits de l’homme », le mondialisme, la dévotion holocaustique (aspect extérieur). La fonction spirituelle du judaïsme rabbinique peut donc être parfaitement nulle, comme elle l’est effectivement, les juifs n’en continuent pas moins à jouer un rôle prépondérant, dans la mesure où le processus de destruction des nations étant trop engagé, il devient impossible pour eux de l’inverser ou de le freiner. La fuite en avant des fanatiques de la « paix » (shalom) ressemble à celle des traders pris dans un engrenage infernal. Les rites déviants et bricolés échangent leurs caractères intérieurs et extérieurs, de sorte que le néo-cabalisme devient celui médiatisé des groupes musicaux et des starlettes (Madonna), et le culte de la shoah le socle pourri d’une contre-religion qui fabrique ses théologiens à la chaîne et multiplie les effets de manche. Confusion, inversion, déviances, y compris au sein du judaïsme. Mais nous y sommes habitués … c’est toute l’histoire du judaïsme qui aurait depuis longtemps disparu sans l’introduction et la reconnaissance (plus ou moins explicite) de ces déviances qui en fin de compte renforcent le seul objectif qui tienne : détruire les peuples, par la guerre (supériorité quantifiable) ou s’attaquer de l’intérieur (avec des agents extérieurs manipulés) à leurs traditions et s’accaparer leurs richesses matérielles.
Ainsi parle Iahvé : « Je ferai gagner à ce peuple la faveur des Egyptiens et, quand vous partirez, vous ne partirez pas les mains vides » [Ex 3, 21-22] – « Les fils d’Israël firent ce qu’avait dit Moïse et demandèrent aux Egyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Iahvé fit que le peuple trouvât grâce aux yeux des Egyptiens qui les leur prêtèrent. Ainsi dépouillèrent-ils les Egyptiens » [Ex 12, 35-36] – La terre promise : « Je vous ai donné une terre qui ne vous a demandé aucune fatigue, des villes que vous n’avez pas bâties, et dans lesquelles vous vous êtes installés, des vignes et des oliveraies que vous n’avez pas plantées et qui servent à votre nourriture » [Jos 24,13]
Toutes les obligations auxquelles Spinoza veut soumettre le commun des mortels ont une valeur utilitaire : 1° il faut croire en l’existence d’un Etre suprême sans même savoir ce qu’il est, parce que l’obéissance est à ce prix ; 2° cet Etre dont nous ne savons rien est unique parce sinon certains pourraient se dérober à la dévotion générale et obligatoire ; 3° Il est partout et voit tout parce que sinon d’autres pourraient se soustraire à sa surveillance constante ; 4° Il ne fait rien par obligation légale pour justifier, en réponse proportionnée, la mise en place d’une législation tentaculaire qui démantèle la savante architecture dogmatique ; 5° rendre un culte à l’Etre suprême, c’est aimer son prochain (pour le goy d’aujourd’hui, comprenez : le plus lointain, le sans papier vu à la télé de préférence africain avec une famille nombreuse) 6° La croyance au salut doit être aveugle pour ne pas conduire à la débauche chez les gens ordinaires (alors que les sages sont discrets et bénéficient de protections) ; 7° Dieu pardonne les péchés parce que sinon, rien ne nous retiendrait sur le chemin de la perdition. Tous ces prétendus dogmes n’ont aucune vérité intrinsèque se déduisant d’une adéquation dans l’ordre des idées, mais activent un centre mou pour maintenir l’obéissance et la soumission dans une société multiconfessionnelle. Et Spinoza ne nous dit pas comment le judaïsme, qui se trouve être une législation plutôt qu’une doctrine, concourt si bien à cette entreprise de démolition et de corruption des vérités dogmatiques au profit d’un utilitarisme qui prétend favoriser la raison, la vie de l’esprit (celle des sages) mais comprend aussi et surtout les avantages matériels (ceux que retirent les sages de la soumission des masses ignorantes).
Avec Spinoza, il serait soi-disant possible de réconcilier les hommes par la Foi qu’il assimile à l’amour d’une « Justice » purement matérielle (pas au sens socialiste). C’est l’obéissance en elle-même à une entité inconnaissable et fonctionnelle qui permet le salut et non plus le Christ. Or, le noachisme qui est une sorte de version talmudique de la religion naturelle, antérieure à tout dogme, recherche aussi l’accord sur le plus petit dénominateur commun reposant sur une morale « selon le tout », mais un tout exténué et vidé de sa substance vitale. Cette conception unitaire de la religion primitive, en réalité fabriquée par un rabbin à la fin du XIXe siècle, n’est rien d’autre que la religion juive des non-juifs dont le premier commandement est celui de l’instauration des tribunaux. Bienvenue dans l’antichambre (la 17ème) des temps messianiques !